Review : Jaroslav Rudiš – La Fin des Punks à Helsinki (livre)

« Ole ne voulait sauver personne. Elle avait juste de belles lèvres, qui le suçaient comme personne. Il couchait avec elle tout en sachant que c’était une infraction au serment de leur communauté paysanno-punk : tout partager sauf les filles. » Même les punks, et surtout les punks, sont plein de contradictions. Dans son premier roman traduit en français (publié chez Books Éditions), l’auteur tchèque Jaroslav Rudiš croise les histoires de deux punks d’Allemagne de l’Est sous occupation soviétique : leur rébellion naïve, leur quotidien maussade et la liberté qu’ils cherchent dans la musique.

Ole a passé sa jeunesse dans les caves enfumées des concerts, à coucher avec des filles qu’il trompait sans savoir pourquoi. Vingt ans plus tard, c’est le souvenir d’une jeune Tchécoslovaque rencontrée à un festival qui hante derrière son comptoir le vieux punk devenu abstinent. Pour Ole et ses copains sous champis, la nouvelle Stasi prend la forme de cafés non-fumeurs et de magasins bios.

La narration est à l’image des souvenirs qui la construisent : en pointillés. Rudiš n’a pas voulu peindre un tableau exhaustif et politique de la vie dans l’ex-bloc soviétique. L’affection qu’il porte pour les punks l’a mené à adopter leur regard. Les réminiscences sont enivrées, l’anecdotique préféré à l’évocateur et le slogan au discours. La construction décousue et la temporalité maladroite rendent pénible une lecture anesthésiée par la léthargie de ces punks plus épicuriens que révolutionnaires.

Et c’est là l’intérêt du livre : la révolte attendue ne vient jamais. Derrière les stéréotypes (look, groupes, slogans, postures), Jaroslav Rudiš analyse de façon indirecte l’inertie de cette communauté qui a regardé passer l’Histoire comme ils regardent les tramways envahir aujourd’hui leur ville. Ils n’ont pas demandé à quitter le communisme et ne demandent pas plus son retour. Mais tout le monde s’en fout, personne ne leur a demandé leur avis.

3,5/5

(Books Éditions, 2012)